Par Lucie Béchard, enseignante au 3e cycle à l’école La Mennais et Benita Kanozayire, enseignante au 3e cycle à l’école Saint-Paul-de-la-Croix

L’album Vieux Thomas et la petite fée de Dominique Demers a été un de nos premiers grands coups de cœur. C’est en grande partie grâce à Stéphane Poulin! Il réussit à créer une ambiance envoutante qui accompagne à merveille le texte profond et sensible de l’auteure. Nous avons eu la chance de le rencontrer et nous avons constaté que c’est un homme passionné et généreux. Nous vous proposons une incursion dans son univers à travers quelques-unes de ses œuvres.

Stéphane Poulin, illustrateur

Stéphane Poulin est originaire de Montréal et a fait ses études au Collège Ahuntsic en arts graphiques. C’est après avoir découvert la psychologie enfantine qu’il a décidé d’illustrer des livres pour enfants. Maintenant, il travaille sur un ou deux albums par année. Son atelier se trouve chez lui. Lorsque ses enfants étaient jeunes, cela lui permettait de concilier sa vie de famille et son travail. Il préfère illustrer des histoires qui ne contiennent pas de morale. Il a aussi écrit des textes d’albums en plus d’être illustrateur, mais il aime davantage travailler avec d’autres auteurs.

Les techniques et matériaux utilisés

Stéphane Poulin peint à l’huile pour illustrer ses albums. Il a commencé à peindre à l’aquarelle, mais il a préféré l’huile puisqu’il peut faire des retouches. Étant donné qu’il travaille à la maison, il pouvait laisser sa toile de côté pendant qu’il s’occupait de ses enfants ou d’une corvée ménagère et revenir ensuite pour poursuivre son travail. C’est probablement ce qui lui permet de faire ressortir la lumière à travers ses œuvres.

Les cadrages

Ses illustrations contiennent majoritairement des plans généraux qui montrent les personnages dans leur environnement[i] et des plans moyens qui montrent les personnages en entier avec une partie du décor immédiat. Lorsqu’il crée des plans plus rapprochés, il utilise souvent le décadrage. Cela lui permet de présenter un personnage plus petit et de montrer le contraste de grandeur, comme dans Vieux Thomas et la petite fée de Dominique Demers lorsque Vieux Thomas joue de l’accordéon.

Au niveau des angles de vue, ils sont majoritairement normaux. Dans Vieux Thomas et la petite fée, Annabel et la bête de Dominique Demers et Touche pas à mon corps, Tatie Jacotte! de Thierry Lenain, on retrouve des angles de vue en plongée. Dans les trois œuvres, Stéphane Poulin a créé un climat de tension et a placé un des personnages en position d’infériorité. Parfois, il met aussi le lecteur dans la peau d’un des personnages en utilisant un angle de vue en contreplongée, comme c’est le cas dans Vieux Thomas et la petite fée. Le lecteur se retrouve alors dans la position de la petite fée.

Les cadres

La majorité des illustrations de Stéphane Poulin sont à fond perdu (sans cadre). Lorsqu’il met un cadre, c’est souvent pour faire des sorties de cadre, comme dans Annabel et la bête et Marius de Latifa Alaoui. Cela lui permet de créer du mouvement ou de créer l’impression que le personnage n’est pas à sa place dans la scène, comme c’est le cas dans Marius. Quelques fois, il place une illustration dans un cadre rond. On retrouve l’effet d’une fermeture comme au cinéma dans Vieux Thomas et la petite fée, tandis que dans Touche pas à mon corps, Tatie Jacotte!, on voit une scène du passé (retour en arrière).

Le rapport texte-image

Dans les œuvres analysées, les illustrations sont en collaboration avec le texte. Stéphane Poulin nous a d’ailleurs confié qu’il considère que les images doivent aussi raconter l’histoire, mais d’une autre façon, sans redondance. Lorsqu’il commence un projet, il lit le texte et le met de côté. Il raconte l’histoire, à sa manière, à travers ses illustrations.

Le savais-tu ?

Voici quelques anecdotes concernant Stéphane Poulin. Nous aimons bien nous en servir lorsque nous le présentons aux élèves.

  • Stéphane Poulin est le cinquième d’une famille de 9 enfants.
  • Il a trois enfants, maintenant adultes.
  • Il a écrit et illustré deux livres sur son enfance intitulés Les amours de ma mère et Un voyage pour deux. Ce sont des albums humoristiques parce qu’il s’est amusé à raconter son enfance, mais en exagérant tout.
  • Il souhaitait devenir camionneur pour faire comme son père et il ne croyait pas être assez bon pour aller au CÉGEP. C’est son enseignant de biologie de secondaire 4 qui l’a convaincu du contraire. Il l’a encouragé à étudier et à poursuivre ses études en arts.
  • Lorsqu’il était jeune, il habitait dans une maison à la campagne. Malheureusement, un feu l’a ravagée et tous ses souvenirs ont été réduits en cendres. Il possède une seule photo de lui durant son enfance. Le personnage dans Petit zizi de Thierry Lenain est inspiré de cette photographie.
  • Il est daltonien, ce qui est plutôt inusité pour un illustrateur. Il a donc de la difficulté à utiliser certaines couleurs, comme le vert et le rouge.
  • Il fabrique lui-même ses toiles.

Un réseau littéraire sur Stéphane Poulin

L’analyse des illustrations permet aux élèves d’acquérir un vocabulaire précis en lien avec certains concepts littéraires. Ils peuvent alors le réinvestir en lecture (apprécier des œuvres littéraires) et en arts (apprécier des œuvres d’art).

Nous avons tout d’abord amorcé le réseau par une lecture interactive de Vieux Thomas et la petite fée de Dominique Demers. C’est l’histoire d’un vieil homme solitaire et aigri qui trouve une minuscule fillette évanouie sur la plage. Il décide de la recueillir chez lui et d’en prendre soin. Au contact de la petite fée, il reprend gout à la vie. Cependant, lorsqu’un chien effroyable tente de s’en prendre à la petite, il met sa vie en danger pour la sauver. C’est un album touchant à propos d’une amitié qui fait toute une différence. Cette lecture nous a permis d’aborder l’analyse des illustrations et de transmettre le vocabulaire approprié aux angles de vue, à l’utilisation des couleurs, aux cadrages, etc. Pour télécharger la planification, cliquez ICI.

Nous avons poursuivi avec une autre lecture interactive de L’oiseau des sables de Dominique Demers. Nous avons ainsi poursuivi l’appropriation du vocabulaire dans l’analyse des illustrations. Pour télécharger la planification, cliquez ICI.

Ensuite, les élèves ont exploré, en lecture en duo, Bestiaire (préface de Jean Fugère), Une petite fille venue d’ailleurs de Dominique Demers, La vie en bleu de Carl Norac et Le bateau de fortune de Olivier de Solminihac. Nous avions inséré une intention de lecture à l’intérieur de chaque album. Par la suite, les élèves discutaient ensemble des illustrations. Pour télécharger les intentions de lecture, cliquez ICI.

Finalement, les élèves ont choisi leur œuvre préférée parmi celles présentées. Ils devaient compléter les informations à propos du livre, faire un court rappel de l’histoire, choisir une double-page, analyser l’illustration et donner une appréciation générale de l’album. Pour télécharger l’analyse à compléter, cliquez ICI.

Nous espérons vous avoir donné le gout de découvrir cet illustrateur de grand talent. Amusez-vous bien !


Pour vous procurer les albums dont il est fait mention dans l’article

                       

[i] Roux (1994)