Travailler l’oral à partir d’albums sans texte

Un article de Catherine Gosselin-Lavoie

La littérature jeunesse foisonne d’adaptation des contes classiques, j’ai travaillé autour d’un réseau de livres sans texte sur le thème des trois petits cochons avec des élèves allophones en soutien linguistique : Les trois petits cochons de Rascal, Les trois petits cochons de Sonia Chaine et Bouh! de François Soutif. Les différentes « lectures et relectures » de ces livres ainsi que les activités les précédant ont permis à des élèves de maternelle et de première année de se familiariser avec ce conte (pour ceux qui ne le connaissaient pas déjà). Par ailleurs, dans une optique de reconnaissance des langues maternelles et d’éveil aux langues*, l’accent a été mis sur le développement de différentes composantes telles que le schéma de récit, le vocabulaire et la conscience phonologique.

Voici un aperçu de la séquence d’activités qui se sont déroulées sur différentes périodes de 30 minutes.

En tout premier lieu, afin de découvrir le conte des trois petits cochons, les élèves en ont visionné une courte version animée. Nous avons relevé ensemble le vocabulaire important du conte (loup; cochon; maison; paille; bois; brique; souffler), puis j’ai demandé aux élèves s’ils savaient comment dire ces mots dans d’autres langues qu’ils « connaissaient » **.  À partir de leurs réponses, nous avons effectué un travail sur la conscience phonologique : nous avons scindé les syllabes des mots en français et dans d’autres langues (telles que l’espagnol, l’arabe et l’anglais) en sautant ou en tapant dans nos mains (conscience syllabique), comparé l’attaque et la rime des mots d’une langue à l’autre, etc.

Avec les élèves de première année, nous sommes allés un peu plus loin en visionnant la version animée du conte d’abord en français, puis dans les langues parlées au sein de leurs familles. Ces derniers avaient une intention d’écoute pendant les vidéos en différentes langues : ils devaient essayer de repérer les mots de vocabulaire importants dans la langue en question. Évidemment, la tâche était plus facile dans certaines versions de l’histoire : loup et lobo en espagnol étaient plus évidents à repérer que brique et ladrillo ! Ce fut donc une occasion idéale pour permettre aux élèves d’établir des comparaisons métalinguistiques entre le français et d’autres langues. Qu’ils connaissent ou non la langue dans laquelle était visionnée la vidéo, tous ont participé, intrigués et intéressés par l’écoute du conte dans une langue qu’ils ne connaissaient pas nécessairement. Évidemment, ceux qui reconnaissaient une langue de leur environnement familial *** étaient fiers et ravis de faire part de leur expertise !

C’est ici qu’entrent en jeu nos livres sans texte qui ont été utilisés pour travailler le rappel du récit avec les élèves qui, à partir des albums, ont à leur tour raconté l’histoire des Trois petits cochons. Le fait d’avoir écouté la version des vidéos dans différentes langues a permis d’instaurer un climat d’ouverture à la diversité linguistique et certains élèves m’ont demandé s’ils pouvaient aussi raconter l’histoire dans une autre langue dans laquelle ils se sentaient à l’aise, ce à quoi j’ai assisté avec beaucoup de plaisir !

Dans le premier livre, Les trois petits cochons, de Sonia Chaine, d’un style minimaliste, les éléments principaux de l’histoire sont représentés par un symbole. Par exemple, les trois petits cochons sont des cercles roses et le loup devient une paire de ciseaux. Le livre, qui reste fidèle à la version traditionnelle du conte, peut être exploité avec ou sans texte grâce à un petit signet accroché au livre et sur lequel on retrouve en petits caractères le texte associé à chaque page.

Dans Les trois petits cochons de Rascal, encore une fois, les images, sur fond blanc, sont d’un style épuré. On retrouve dans les illustrations nos trois petits cochons traditionnels, quoique jaune, vert et rouge respectivement, ainsi que leur maison de paille, de bois et de brique. Peu original vous me direz ? Rassurez-vous, Rascal reste bien fidèle à lui-même dans sa version des trois petits cochons où le personnage du loup est représenté par le mot « loup » écrit en lettres attachées et qui, à la fin de l’histoire, se retrouve … dans le ventre du petit cochon rouge !

Le dernier livre, Bouh! de François Soutif, n’est pas à proprement parler une version du conte des trois petits cochons, mais reprend les mêmes personnages, soit les trois petits cochons et le méchant loup désireux de manger ces derniers. Dès la première page (et même dès la couverture du livre), on les aperçoit, apeurés, qui essaient de fuir le loup qui les pourchasse vêtu d’un tablier, couteau et fourchette à la main. Ce dernier se heurtera toutefois bientôt à un mur qui est en fait la reliure du livre (Soutif exploite le paratexte de façon très astucieuse), ce qui ne manquera pas de faire rire les petits cochons (et les élèves!). Comme dans le conte original, le loup parviendra finalement à ses fins – on le suppose –  grâce à une échelle.

Bref, ce réseau de livres sans texte a permis un travail sur différents aspects de la compétence orale et il aurait été possible d’aller plus loin et d’en faire de même avec l’écrit, sous forme de dictée à l’adulte par exemple. Chose certaine, les élèves ont adoré raconter à leur tour l’histoire des trois petits cochons avec ces livres sans texte qu’ils ont redemandés maintes fois !

Pour vous découvrir les œuvres mentionnées ci-haut :

By | 2017-11-05T06:54:02+00:00 novembre 5th, 2017|0 commentaire

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