Par Rachel Cournoyer


Suis-je la seule à trouver qu’il manque de bons choix de bande dessinées ou de romans graphiques dans ma bibliothèque de classe? Mes trouvailles se résument souvent à de beaux albums ou à des documentaires qui me font penser à un élève. Puis les BD, bien, elles passent aux oubliettes! Pas vous?

Au fait, comment on différencie un roman graphique d’une bande-dessinéeNe vous sentez pas incultes, je me suis posé la même question! 😉

D’abord, le roman graphique se distingue de la bande-dessinée par sa forme plus « libertine ». Vous remarquerez que dans la création graphique, les auteurs se distancent des cases et des bulles traditionnelles, et mélangent les images et le texte comme bon leur semble, laissant aller leur créativité. Pensons à Jane, le renard et moi, de Fanny Britt! (si vous ne le connaissez pas celui-là, vous avez le droit de vous sentir  »un peu » incultes). Pour les historiens dans l’âme, l’idée aurait pris vie aux États-Unis. « Le graphic novel » serait né de la volonté de certains auteurs de se dissocier de la bande-dessinée traditionnelle, qu’ils jugeaient enfantine.

Le roman graphique aborde des sujets plus sérieux, donc souvent destiné à un public plus vieux. Sa forme peut varier, et on dit qu’il faut avoir un signet à portée de main quand on le lit, car il est plus volumineux!

On en retrouve maintenant beaucoup chez nos libraires, qui sont accessibles les jeunes. Lorsque l’on rencontre des auteurs pour leur dire combien nos élèves ont apprécié leur roman, ils sont souvent surpris de constater que celui-ci a été lu au primaire… car bien souvent, ce n’est pas le public cible visé à la base!

Vous avez envie d’ajouter des romans graphiques et des bandes-dessinées qui capteront l’attention de vos grands?

J’ai quelques suggestions pour vous!

copine et Copine

L’une avec un petit c, l’autre avec un grand C…Intriguant, non? Coécrit par Kim Nunès, Marie-Chantal Perron et Tammy Verge, aux éditions de l’Homme, ce roman met en lumière la touchante histoire d’amitié entre une jeune fille…et la  »Copine »de son père!

Deux êtres qui n’ont pas de lien de sang, qui auraient bien pu choisir de se détester, mais qui ont fait le choix d’apprendre à s’aimer.

©Kim Nunès, Marie-Chantal Perron et Tammy Verge, copine et Copine, Éditions de l’Homme, p.8-9

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les autrices, mélangeant des anecdotes de leur vécu en tant que belle-mère ou de leur relation avec la copine de leur père depuis leur jeunesse, ont voulu démystifier le fameux stéréotype de la vilaine belle-mère, trop popularisé  dans les contes pour enfants. Et laissez moi vous dire qu’elles ont réussi leur coup, car l’histoire est d’une beauté sans égal…

On y met l’accent sur la relation d’amitié qui se créée entre copine et Copine. Un jour, copine doit faire face à l’inévitable : Copine est malade, et son destin est compté. À travers les doux souvenirs évoqués par copine, la narratrice de l’histoire, on devient spectateurs de leur histoire d’amitié: la première rencontre, les liens qui se tissent tranquillement entre les deux, le passage à l’adolescence et les confidences, le premier amour, l’âge adulte, puis, la maladie..

Et que dire des illustrations d’Amélie Dubois, empreintes de douceur, d’émotion, de précision…Contrairement à ses autres œuvres, souvent colorées, celle-ci est dessinée entièrement dans les teintes de noir et blanc, au crayon de plomb, alliant les effets d’ombre et de clarté. De toute beauté! Son travail minimaliste fait ressortir les émotions des personnages et met en lumière les beaux paysages du Mont-Royal.

En faire la lecture aux élèves

Comme il y a beaucoup de subtilités et d’inférences à travers l’histoire, je privilégie la lecture à voix haute pour ce roman. Laissez vos élèves se questionner sur l’identité de copine et Copine…Vous pourriez même lire jusqu’à la page 9, question de faire durer le suspense (voir l’image)…Faites ensuite la lecture des dédicaces des autrices à vos élèves, qui donneront la réponse à leurs hypothèses. Place à la lecture…

Communiquer oralement: Présenter une personne qui nous est chère. 

Pourquoi ne pas s’inspirer de l’histoire d’amitié unique entre copine et Copine pour partager la nôtre? On a tous une histoire spéciale, qui nous appartient. L’amitié est un choix, et elle transcende des fois l’âge, le sexe, le lien de sang, et nos différences. Que ce soit en petits groupes de discussions, en dyade ou en grand groupe, c’est un beau moment d’échange pendant lequel vos élèves peuvent raconter une relation spéciale qu’ils ont ou qu’ils ont vécu avec une personne qui est importante à leurs yeux.

  • Comment vous-êtes vous rencontrés?
  • Comment ou quand as-tu choisi que cette personne serait ton ami(e) pour la vie? 
  • Quels sont les moments spéciaux que vous partagez ensemble?
  • Quels sont vos plus beaux souvenirs?
  • Qu’est-ce que cette personne t’apporte ou t’a apporté?

109 rue des Soupirs

Une bande-dessinée qui m’a fait drôlement rire! Mr Tan, l’auteur du livre, c’est aussi l’auteur de la série Mortelle Adèle, que les élèves adorent!

Lorsque Elliot et ses parents emménagent au 109 rue des Soupirs, à Belle-en-joie, ils ne peuvent se douter que cette maison sinistre est réellement hantée…
Enfin, surtout Elliot, car ses parents, accaparés par leur travail, l’abandonnent vite à son sort.
Il ne tarde pas à rencontrer ses colocataires plutôt spéciaux, tandis que débarque une baby-sitter pas très commode, qui semble chercher quelque chose…
Des fantômes, peut-être ?       résumé des Éditions Casterman

Cette nouvelle série à l’aspect gothique est intéressante à analyser! Elliot, enfant unique, fait la rencontre de fantômes à l’allure déjanté, qui se donnent pour mission de prendre soin du petit qui est souvent seul dans sa nouvelle maison. Qui sont les vrais fantômes, alors? Les parents, qui n’ont d’autre chose à faire que travailler!

Le tout est narré de façon dynamique, les personnages loufoques sont drôlement attachants et les illustrations de Yomgui Dumont, dans des tons de bleus et gris, se marient parfaitement au texte. Ce n’est que le tome 1, et on a déjà envie de lire la suite!

À ajouter à votre bibliothèque de classe, sans hésiter!

Un billet pour nulle part

Cette bande-dessinée m’a d’abord intriguée…Un billet pour nulle part? Voilà une allégorie qui porte à réflexion…

Une fillette quitte son village accompagnée de son alter ego, une petite flamme noire à la personnalité abrasive. Alors qu’elle s’apprête à prendre d’assaut la route, elle se rend compte que l’aventure risque d’être plus périlleuse que prévue: chaque autobus qui s’arrête devant elle transporte des personnages à l’allure singulière, parfois inquiétante, qui la feront craindre le voyage. Allégorie utilisant le fantastique pour nous parler de notre vie bien moderne, Un billet pour nulle part est, en plus d’un exercice de style maîtrisé, un récit touchant qui parle de notre quête d’indépendance et de bonheur. Une première oeuvre d’une auteure à surveiller!   résumé de l’Éditeur

Nunumi, une artiste qui en est a ses débuts professionnels en BD, publie son premier livre chez Front froid. Front froid, c’est un éditeur qui vise la promotion de la BD québécoise, en offrant aux artistes une gamme variée de services, allant de la location d’espaces de travail à prix modérés à la formation professionnelle. On aime l’initiative!

Interpréter l’oeuvre à plusieurs niveaux.

Mon idée? Laisser cette bande-dessinée à la vue de mes élèves, dans ma bibliothèque de classe, et leur laisser découvrir l’oeuvre par eux-même. Afin d’aller plus loin dans leur compréhension de l’oeuvre,  j’en ferais la lecture à voix haute, quelques semaines plus tard. Voici quelques pistes de questions pour travailler leur réflexion et construire le sens ensemble.

Un billet pour nulle part_questions_interprétation_réaction

Les ananas de la colère

Celui-là, je l’ai découvert il y a deux ans, au salon du livre. Je venais pour faire signer ma nouvelle BD par Zviane. Comme la file d’attente était longue, j’ai jeté un coup d’oeil à côté, et j’ai vu cette merveille. J’en ai donc profité pour m’offrir une BD, de moi à moi, en plus de la faire dédicacer par la bédéiste à l’imagination frivole: Cathon (qui est aussi l’autrice de Mimose et Sam). Une découverte qui ne m’a pas déçue!

Contrairement aux indices que nous laissent la page couverture, il s’agit en fait…d’un roman policier qui se passe dans un quartier hawaïen de Trois-Rivières!! C’est déjà hilarant! Marie-Pomme, la jeune fille sur la page couverture, est convaincue que sa voisine Bonnie Lavallée, une championne de limbo, a été assassinée. Elle mènera donc sa petite enquête pour élucider le mystère. La bédéiste Cathon nous emporte dans ce récit policier humoristique et rocambolesque…Plaisir assuré!

Analyser un roman policier…avec humour!

Je me servirais de cette bande-dessinée pour travailler la structure d’un récit policier, et j’inviterais les élèves à dégager les éléments d’appréciation qui font qu’un roman policier est bon ou non! De plus, vous pourriez vous servir de cette BD pour faire ressortir les éléments qui caractérisent une oeuvre humoristique. Je crois que vous n’aurez pas assez d’une période pour le faire 😉

La petite Russie

Si je vous dis qu’il y a a peine 100 ans, un petit paquet d’hommes et de femmes ont tout quitté pour aller vivre en Abitibi et y fonder une coopérative, ça vous dit quelque chose? Moi non plus, je n’en savais pas plus avant de lire ce roman graphique qui raconte une parcelle de l’histoire du Québec.

Une coopérative, c’est un endroit où des gens travaillent sans relâche pour le bien de leur communauté, et versent 50% de leur salaire pour financer les projets qui serviront aux habitants dans la colonie. Eh bien, c’est ce que Marcel Desharnais et son épouse Antoinette, les grands-parents du bédéiste Francis Desharnais, ont choisi de faire. Vous comprenez mieux pourquoi le titre s’appelle La petite Russie?

Le bédéiste nous raconte l’histoire vraie des habitants de Guyenne, ces pionniers qui sont partis de rien, et qui ont tenté de trouver des solutions en coopérant pour le bien de tous, pour faire en sorte que leur colonie survive financièrement et que les colons soient heureux. Tout un don de soi!

En univers social: Parler de la colonisation au Québec.

Peu de BD nous racontent avec autant de détails les faits vécus de gens qui sont partis coloniser des terres, laissant tout derrière eux. On y parle aussi de la place que la femme se crée dans la société (le début du féminisme!), de  la répartition des tâches entre les  hommes et les femmes, du travail dans les champs forestiers, des ressources naturelles qui permettent de faire de l’argent, et j’en passe! Ce n’est pas le contenu qui manque, donc pourquoi ne pas l’intégrer dans un cours en univers social? Ça fait changement de la lecture dans un manuel, n’est-ce pas?

Écrit dans un langage familier québécois, l’auteur a pris la peine de mettre un glossaire à la fin du livre. Tout un vocabulaire, ces chers pionniers! Si vous avez lu le roman Le dernier camelot, de Marie-Renée Lavoie, il peut être intéressant de faire des liens avec les mots et expressions utilisées.

Après la lecture de cet article, quelle proposition vous intéresse le plus? Et vous, quel roman graphique ou bande dessinée figurent parmi les incontournables dans vos bibliothèques de classe? 

N’hésitez pas à partager vos découvertes avec nous 🙂

Pour vous procurer les articles dont il est fait mention dans l’article…