Par Rachel Cournoyer


S’inventer des scénarios catastrophiques et s’imaginer que ceux-ci pourraient très certainement arriver, alors qu’au moment du dit événement, rien de ne passe comme prévu… Ça vous fait penser à quelqu’un? 😉 Anxieux ou non, il nous arrive tous à un moment ou un autre de se laisser emporter par nos pensées et dériver avec elles, laissant notre bonne vieille raison de côté.

C’est le cas de ce vieux jardinier imaginé par François Blais et dessiné par Valérie Boivin qui devient tourmenté le jour où il reçoit dans sa cour une page de l’horoscope lui annonçant qu’un ‘’événement inattendu viendra briser sa routine ». Le duo attachant et humoristique Blais-Boivin nous revient en force avec un troisième album jeunesse, qu’on avait bien hâte de découvrir, après la parution aux éditions 400 coups de 752 lapins et Le livre où la poule meurt à la fin, gagnant du prix des libraires jeunesse du Québec en 2019.

Une touche humoristique, encore et encore! 

L’humour, étant un de leur principal créneau, se retrouve bien vite dans l’album, bien qu’il soit plus en subtilité cette fois. On décroche un sourire en découvrant l’amour qu’a le vieux jardinier pour sa confortable routine et sa petite vie qui est prévue au quart de tour, et ce, jour après jour. On peut facilement se reconnaître dans notre rigidité à vouloir garder nos petites habitudes du quotidien 😉

©François Blais et Valérie Boivin, l’horoscope, éditions 400 coups, p.8-9

Cette fin surprenante qu’on attend!

L’histoire se termine par une chute, un autre tour de force signé par ce formidable duo.

Le vieil homme, après s’être inventé maintes fois des scénarios inimaginables à l’idée qu’un événement catastrophique pourrait lui arriver, décide d’aller se coucher en milieu d’après-midi pour calmer son angoisse. Arrive ce qui devait arriver…Un événement soi-disant terrible (qui n’est pas du tout celui auquel on s’imagine;) se produit… L’homme se convainc alors qu’il est mieux de ne plus déroger de sa routine, et que la nouveauté, c’est signe de danger.

©François Blais et Valérie Boivin, l’horoscope, éditions 400 coups, p.16-17

On apprend toutefois à la fin que cette fameuse feuille d’horoscope emportée par le vent dans sa cour datait en fait…de l’an dernier! Le lecteur a donc une longueur d’avance sur une information que le vieux jardinier ne saura probablement jamais!

Un message à retenir au passage…

Faire passer un message par l’humour, une recette gagnante chez nos deux collaborateurs chouchous. L’humour agit un peu comme un voile qui habille le fond de vérité qui se cache juste en-dessous… Dans Le livre où la poule meurt à la fin, on nous faisait réfléchir  sur la surconsommation. Dans l’horoscope, on comprend que l’anxiété est parfois un frein que l’on s’impose face à la réalité, et qui nous empêche  d’accueillir la nouveauté. Fait cocasse! Vous remarquerez que dans l’histoire, le personnage principal n’a pas de nom, alors que le chien lui, s’appelle Lucien.  Il  y a  un contraste entre le comportement de ces deux personnages. D’un côté, le vieux jardinier, stressé et angoissé par ce que la vie peut lui réserver; de l’autre, son chien Lucien, toujours calme et inébranlable.

Dans un article du Devoir écrit par Francis Vachon, l’illustratrice explique bien le jeu d’équilibre qu’elle a voulu créer entre les deux personnages:

« Lucien vient contrebalancer l’anxiété du monsieur. Ce dernier s’énerve inutilement, et le chien, au contraire, est ben chill. J’ai fait le contraste pour démontrer que ce qu’il s’imaginait, ce n’était pas réel, sinon, s’il y avait eu un danger imminent, Lucien, par instinct, aurait paniqué aussi », explique l’illustratrice.

On ne peut passer à côté de cette oeuvre sans parler des dessins de Valérie Boivin. L’environnement floral et coloré de la cour du jardinier nous donne envie de préparer hâtivement notre jardin et de cueillir des oeillets pour enjoliver nos centres de table!

©François Blais et Valérie Boivin, l’horoscope, éditions 400 coups, p.6-7

Analyse de l’univers Blais-Boivin

Bien que les trois œuvres écrites par le duo soient toutes singulières, on reconnaît bien la signature de François Blais et Valérie Boivin pour certains aspects qui caractérisent les albums. L’analyse de leur style particulier est tout à fait observable lorsque l’on s’attarde à leurs trois livres. On peut amener nos élèves à faire des liens, dégager les ressemblances et les différences et comparer la façon dont les collaborateurs ont choisi de mettre certains aspects en valeur dans chaque album.

J’ai préparé un outil de consignation permettant de noter nos observations en lien avec certains critères d’appréciation lors des lectures.

Analyse_œuvres_Blais_Boivin

Je suggère fortement de faire la première analyse en grand groupe, afin d’ aiguiller vos élèves à devenir de fins observateurs 😉 Pour ce qui est du deuxième album, ils peuvent noter leurs observations en petits groupes sur les critères de leurs choix. Puis, la dernière analyse pourrait se vivre en dyade, afin de laisser encore plus de place à chacun pour s’exprimer. Une discussion en grand groupe pour mettre en commun  nos idées et nos remarques s’avère toujours gagnante et constructive. À noter ici que l’intention n’est pas que l’élève remplisse de façon obligatoire tous les critères qui figurent dans le tableau, mais bien qu’il choisisse ceux avec lesquels il est capable d’écrire ses observations. Finalement, on peut amener nos élèves à choisir leur album préféré parmi les trois et à formuler de façon adéquate les arguments qui l’ont convaincu pour faire ce choix.

Je vous invite à lire cet article du Devoir, qui décrit bien le travail de collaboration entre l’auteur et l’illustratrice, ce ‘’couple professionnel’’ fort sympathique qui gagne à être connu!

https://www.ledevoir.com/lire/573820/iii-jeunesse-lire-l-horoscope-avec-francois-blais-et-valerie-boivin

En espérant que ces deux acolytes n’en sont pas à leur dernière création…On a déjà hâte à leur prochaine parution!


Pour vous procurer les albums dont il est fait mention dans l’article…