Par Julien Leclerc


La pensée stratégique au cœur des stratégies de lecture et d’écriture – Qui est Peter H. Johnston?

Enseigner avec la littérature jeunesse, c’est s’assurer que cette dernière fasse partie intégrante de notre classe, que le livre soit vu comme un objet de plaisir, d’éveil à la curiosité. À cette date, des centaines d’acteurs du milieu de l’éducation et des passionnés de littérature jeunesse devaient participer au tant attendu congrès De mots et de craie.

Il s‘agit d’un organisme sans but lucratif désireux d’offrir des pistes de réflexion et des modèles d’intervention sur l’enseignement de la lecture et de l’écriture, ainsi que sur la place de la littérature jeunesse dans la classe. Ils croient que la mise en place d’une culture de la lecture dans notre société passe inévitablement par l’école, par la salle de classe et, surtout, par les enseignants qui sont des porteurs d’espoir et d’influence pour des actions pertinentes et des programmes efficaces.

Les chanceux qui devaient assister à ce congrès bisannuel auraient eu l’exultation d’écouter en ouverture le professeur d’éducation et directeur du département de lecture de l’Université de l’État de New York, nul autre que Peter H. Johnston. Dans le but de privilégier ceux et celles qui devaient être présents ou encore ceux et celles qui n’ont pu obtenir leur place à ce très convoité événement, vous pourrez trouver dans les prochaines lignes un portrait de ce grand pédagogue, auteur de Engaging literate minds, Opening minds, Running records sans oublier Choice words (L’importance des mots : le langage au coeur de la relation élève-enseignant).

Voici donc ma critique de cet ouvrage: publié dans sa version originale en 2003 et adapté en français aux éditions Chenelière éducation par Yves Nadon, au plus grand plaisir de notre communauté enseignante.

Le langage : chef d’orchestre des interactions

Celui qui devait ouvrir l’édition 2020 du congrès De mots et de craie, Peter H. Johnston, est originaire de la Nouvelle-Zélande. À l’adolescence, il se considérait comme un lecteur lent qui lisait ce qu’on lui imposait à l’école (des classiques comme Shakespeare par exemple), mais cette littérature ne lui collait pas à la peau. C’est alors qu’un de ses amis lui a suggéré le roman French Lieutenant Woman…et c’est ainsi que son éveil s’est concrétisé. Son ami a continué de lui prêter et conseiller d’autres lectures par la suite.

En terre natale, il a étudié la psychologie et a obtenu ensuite un diplôme d’enseignement au Teacher’s College de Dunedin. Il a enseigné à l’école primaire et a enchaîné avec un master en psychologie de l’éducation avant de s’envoler outre-mer pour l’Université de l’Illinois où il a poursuivi sa formation universitaire toujours dans le même domaine. En ce lieu, il a trouvé chaussure à son pied en intégrant le Center of the Study of Reading (centre de l’étude de la lecture).  Il poursuit ses recherches par la suite en étant embauché à l’Université de l’État de New York à Albany.

Johnston s’intéresse principalement aux facteurs qui influencent le discours en classe et l’engagement des élèves par rapport à celui-ci. En quoi l’importance des mots utilisés par les enseignants a des conséquences sur la façon dont les enfants apprennent et vivent entre eux ? De plus, il croit aussi que pour engager concrètement les jeunes (et les moins jeunes) dans leurs lectures, ces derniers doivent choisir la littérature qui leur conviennent et ainsi, ils se rappelleront des conversations qu’ils ont eues autour de leurs choix littéraires, ils se souviendront où ils s’installaient pour lire et avec qui…

Ce que j’ai appris en lisant : L’importance des mots 

Dans cet ouvrage, Johnston cherche à comprendre comment l’usage que les enseignants font du langage peut expliquer la réussite de leurs élèves dans l’apprentissage de la lecture et de l’écriture.

L’auteur nous fait comprendre dès les premières pages que «parler, c’est agir». Lorsqu’un enseignant dit à un de ses élèves : «Tu es un véritable poète !», le dessein de cet enfant peut changer à tout jamais. Il éveille en lui la possibilité de devenir quelqu’un qui lit et écrit de la poésie, tout en l’encourageant à continuer à discuter de ce genre littéraire. De cette manière, dire à un élève : «Il faut que tu finisses ta lecture avant d’avoir du temps libre !» amène l’enfant à croire que la lecture est moins intéressante, car il s’agit d’une tâche et non d’un plaisir.

Aucun cours didactique ne nous a réellement amenés à questionner adéquatement nos élèves. L’instinct prend rapidement le dessus et on questionne sans trop y réfléchir. Pourtant, nos mots pourraient grandement changer le cours de leur éducation, de leur apprentissage. Les élèves ont besoin de «remarquer et nommer» leurs apprentissages, leur développement.

Quelqu’un a-t-il remarqué… ?

Quelqu’un a-t-il essayé… ?

Quelqu’un a-t-il inventé… ?

Ensuite, il est de notre devoir, en tant qu’enseignant, de confirmer ce qui est correct dans leur proposition. Il est important aussi de montrer aux élèves qu’ils sont en constante évolution, que leurs habiletés comportementales et cognitives évoluent (en tant que personne, mais aussi en tant que communauté d’apprentissage). De cette manière, l’élève apprendra comment il a évolué en tant que lecteur, en tant qu’auteur. Il doit forger son identité littéraire, apprendre à se connaître : tant au niveau des forces que de ses défis. Demandez-leur : «Comment ce que tu as appris peut te rendre meilleur ? Quels sont tes objectifs ?»

Développer son identité propre est essentiel pour ensuite faire preuve d’empathie et prendre sa place dans une communauté de lecteurs/auteurs. Les réactions émotionnelles doivent être les bienvenues lors des lectures. Se mettre dans la peau d’un personnage dans un texte, ou dans la peau d’un auteur peut nous permettre de développer différents points de vue.

Rappelez-vous, tout est dans la formulation. Pour apprécier la plume d’un auteur, les mots qu’ils couchent sur ses feuilles de papier, proposez les réflexions suivantes : «Relève et note une phrase que tu souhaiterais avoir écrite» ou «Y a-t-il des mots ou des expressions que vous préférez ou que vous souhaiteriez avoir inventés ?»  . De cette façon, vos élèves prendront plaisir et auront l’envie d’aller à la recherche des passages qui les touchent. Dans leur individualité, chacun notera ce qui lui plait. Ne négligez pas vos réactions positives spontanées, exprimez-vous ! Valoriser un passage à haute voix pourrait amener l’élève à faire de même lors de ses lectures personnelles. Des trésors littéraires, on en trouve partout…

Votre classe est composée d’une vingtaine d’auteurs compétents: une vingtaine d’auteurs différents excellant à leur manière dans des genres différents. Apprenez à connaître leur portrait. Un passage vous plait moins dans un texte d’élève ? Si vous interpellez son égo d’auteur plutôt que de manifester votre désaccord, l’élève sentira que vous vous souciez de ses écrits. De simples commentaires comme : «Ça ne te ressemble pas… je n’arrive pas à te reconnaître comme auteur dans ce passage…» ou encore «Il me semble que le personnage que tu as construit n’aurait pas fait ça…» pourraient grandement bénéficier à son apprentissage.

La valorisation par l’enseignant est nécessaire, mais la valorisation intrinsèque l’est davantage. En leur disant «Je suis fier de toi !», l’enfant peut avoir le sentiment qu’il n’a qu’exécuté la demande de son enseignant et que c’est pour cette raison que ce dernier est fier. Toutefois, en modifiant légèrement votre commentaire par «J’imagine à quel point tu dois être fier !», la fierté viendra de l’enfant. Il se rappellera les raisons de ce sentiment. Il n’y a pas de rapport supérieur au niveau du savoir, l’enfant a réussi lui-même à se rendre fier. Il a appliqué son nouveau savoir et constatera par lui même son évolution.

L’auteur nous présente ensuite d’autres chapitres tout aussi intéressants qui méritent d’être lus par notre grande communauté enseignante. Cet ouvrage qui compte environ 130 pages se dévore rapidement et change à jamais notre façon de nous adresser à nos lecteurs/auteurs. Vous trouverez des exemples concrets d’interactions entre un enseignant et son élève, des formulations claires, des approfondissements et encore plus ! La formation continue passe par des formations offertes pas nos commissions scolaires, des colloques, des congrès, des formations universitaires, mais il ne faut pas oublier de se nourrir d’ouvrages pédagogiques, de données probantes, d’études faites à l’extérieur de notre province. Créez votre identité enseignante en vous informant, en étant éveillés, curieux de ce qui se fait, et de ce qui fonctionne en éducation. Souvenez-vous de la onzième compétence professionnelle : s’engager dans une démarche individuelle et collective de développement professionnel. En temps de crise comme en ce moment, nous devons nous adapter, évoluer… sans toutefois régresser.

Voici une liste des chapitres se retrouvant dans la table des matières :

  • Chapitre 1 : L’influence du langage en enseignement
  • Chapitre 2 : Remarquer et nommer
  • Chapitre 3 : L’identité
  • Chapitre 4 : La capacité d’intervention et le recours aux stratégies
  • Chapitre 5 : La flexibilité et le transfert (ou la généralisation)
  • Chapitre 6 : La connaissance
  • Chapitre 7 : Une collectivité d’apprentissage démocratique en constante évolution
  • Chapitre 8 : À qui crois-tu parler ?

Pour vous procurez cet ouvrage, cliquez ici: L’importance des mots : le langage au coeur de la relation élève-enseignant.

Sinon, n’hésitez à l’emprunter à votre bibliothèque municipale… lorsqu’elle sera ouverte!